OUZIRE AMETHEPE, LE GARCHOMME A LA PLUME FEMINISTE

Soucieux de l'état du monde confronté à toute sorte de clivage, sensible à la cause des femmes en ce début du 21e siècle, Ouzire Améthépé nous livre à travers ce beau roman " LA Perfection  Narcissique  de Kyssiné "  de quoi égayer notre rentrée et alimenter nos discussions dans les mois à venir...
Fous rires, émotions et réflexions garantis!

 

Biographie : Ouzire Améthépé est d’origine togolaise. Après ses études de Gestion et de Sociologie à l’Université de Tours, il s’installe à Paris pour entamer sa carrière professionnelle dans le milieu de la télécommunication, puis passe du côté du conseil en Systèmes d’Information. Aujourd’hui manager dans un cabinet de conseil dont il gère le pôle Afrique, il donne des conférences et intervient dans des séminaires autour du terme de la transformation numérique africaine.

Grand amateur de littérature, lecteur insatiable depuis son enfance, il a fini par se lancer lui-même dans l’écriture ; une expérience couronnée par La Perfection Narcissique de Kyssiné, sa première œuvre, parue aux Editions de Philae, déjà saluée par nombreux lecteurs en ligne.

 

 

INTRODUCTION A : Vous venez de publier votre 1er roman : " La Perfection Narcissique de Kyssiné ". De quoi est-il question ?  Parlez-nous un peu de son écriture ! Qu'est-ce qui vous a inspiré... ? (rire), les lecteurs d’INTRODUCTION A veulent tout savoir !

O.A. : La Perfection Narcissique de Kyssiné est avant tout une œuvre qui célèbre l’amour. L’amour avec grand A et de toutes les substances : la passion, la fraternité, l’amitié etc..., toutes les formes de relation avec autrui ou notre entourage, par lesquelles nous appréhendons la vie dans le bon sens, sont ce que célèbre le roman.

Concernant son écriture, j’avoue qu’elle n’a pas été le fruit d’un projet mûrement réfléchi à l’avance. Puisque tout est parti d’une anecdote que moi-même j’ai eu à vivre, un soir, à Paris, en rentrant du travail. Une histoire assez cocasse, intrigante aussi, qui m’a marqué au point de me pousser à en rédiger une nouvelle, rien que pour m’amuser moi-même et égayer un peu mon entourage. Seulement la nouvelle a séduit ceux qui l’ont lue, et en retour tous se mirent à me cuisiner et me bombarder de questions, au sujet des personnages, pour mieux les cerner et les comprendre. La densité et le magnétisme du personnage de Kyssiné avaient déjà fait leur œuvre ! Avec leurs flots de questions, les lecteurs de cette première nouvelle, ont fini par donner le déclic à mon inspiration. C’est ainsi que de la nouvelle je m’aventurai peu à peu vers le roman.

Voilà tout ce que je peux dire au sujet de la genèse de La Perfection Narcissique de Kyssiné.

 

INTRODUCTION A : En quelques phrases, comment résumeriez-vous l’histoire ?  

O.A. : Je dirai tout d’abord que c’est l'histoire d'une rencontre magnifique ; une rencontre solaire entre deux personnages d'une intensité remarquable : d'un côté une jeune femme, belle à damner un saint et au tempérament de feu, de l'autre, un jeune homme au charme et au flegme polaires. Deux écorchés vifs qui couvent sous leur armure une âme d'une sensibilité exacerbée par quelques déchirures et drames familiaux, que tout semble opposer à première vue, mais au fond rapproche désespérément.

Pourtant entre eux va se déclencher une histoire, électrique, à l'issue incertaine. Et dès leur rencontre, qui déjà se déroule dans des conditions surréalistes, cela sent le soufre entre eux. Et de rebondissement en rebondissement, tension après tension, chacun, inconsciemment, va pousser l’autre à fendre peu à peu son armure.

Je ne vous raconte pas la suite, excepté que le lecteur peu à peu se laisser glisser au cœur de l’aventure, avec l’illusion de faire partie de l’histoire se nouant devant ses yeux, ou d’en être un témoin oculaire. Ce jeu d’illusion est dû à mon choix d’écriture que j’ai souhaité dès le départ réaliste et sensitive.    

INTRODUCTION A : Lors de la soirée de présentation du livre, nombreuses sont les personnes qui ont dit l’avoir lu et apprécié, tout en se plaignant d’une certaine frustration sur la façon dont l’histoire se termine ! Qu’est-ce qui dans le roman peut nourrir cette frustration et exciter en même temps la curiosité de ceux qui ne l’ont pas encore lu.

O.A. : La fameuse frustration finale ! (Rire). Je confirme que c’est un point récurrent dans les commentaires qui nous parviennent : plusieurs lecteurs se plaignent en effet « d’avoir été un peu frustrés par la fin » et me réclament alors une suite ! Mais avant de répondre à la question, je voudrais profiter de l’occasion pour préciser que le roman avait déjà connu une première existence : une édition, datant du deuxième semestre 2015, que Les Editons de Philae avaient publiée pour prendre la mesure du marché. Celle-ci a séduit et s’est écoulée de bouche à oreille jusqu’à épuisement ; ce qui a motivé la sortie de cette deuxième édition présentée au public lors d’une soirée organisée le 16 Juin dernier à la salle Paris Story, à Paris.

Pour revenir à la question relative à la fameuse frustration que susciterait la fin du récit (rire), j’avouerai d’abord que j’en suis ravi, car cela prouve que les lecteurs qui se plaignent ainsi ont bien apprécié l’histoire et s’y sont retrouvés en quelque sorte. Et c’était une de mes principales ambitions au départ : parvenir à proposer une histoire qui puisse parler à tout le monde, et où chacun se retrouverait, ne serait-ce que par moment. Et la frustration finale dont il est question ici découle un peu de ce jeu, mais aussi du fait que la fin proposée avait pour objectif délibéré de faire réagir les lecteurs, afin de les inciter à donner libre cours à leur imagination et s’approprier la suite de l’aventure. Ma foi, cela fonctionne bien, puisque d’aucuns m’ont fait parvenir leurs fictions sur ce qui se passerait entre les deux principaux personnages. Tout est possible et c’est vraiment amusant !  

 

INTRODUCTION A : Qu'est-ce qu'il y a de si différent par rapport aux autres romans classiques pour mettre certains lecteurs dans cet état ?

O.A. : Rien qu’en me basant, encore une fois, sur les commentaires en ligne ou sur les réseaux sociaux, je pense que c’est le côté interactif du récit qui laisse l’impression au lecteur d’être partie prenante de l’histoire, de s’entendre parler à travers les dialogues, de se sentir proche ou amie de Kyssiné, ou bien confident de Sony-Ali, le garçon, l’autre personnage central de l’intrigue. Mais il y a aussi que le récit se veut moderne et réaliste ; c’est une narration urbaine avec des personnages qui nous ressemblent tous, car ils traînent des fêlures qui nous sont familières, se façonnent les mêmes carapaces que nous, pour camoufler leur fragilité, alors qu’ils sont on ne peut plus sensibles.

 

INTRODUCTION A : Avez-vous prévu d'écrire la suite ?

O.A. : Franchement non ! Ce n’était pas le plan de départ. Rien que parce que la particularité de l’histoire l’interdirait pour éviter de tomber dans la banalité. Ce qui arrive aux deux principaux personnages du roman, j’entends ainsi l’intrigue amoureuse, relève un peu du rêve, non pas qu’elle est irréalisable, mais qu’elle touche à un état de grâce qui devient presque inaccessible avec notre mode de vie compliqué et égocentré d’aujourd’hui. Et j’ai pour habitude de dire que ce qui touche à l’exception, au rêve donc, devrait y demeurer et ne pas tomber dans la banalité. Parce que nous avons besoin de rêver aussi. Alors laissons les lecteurs rêver leur propre suite de l’histoire, et selon leur vécu, leur psychologie, leur sensibilité, etc.

 

INTRODUCTION A : A quelle catégorie de lecteurs s'adresse le livre ? 

O.A. : A toute catégorie. Parce qu’il s’agit d’une histoire universelle. J’ai d’ailleurs une lectrice maghrébine qui m’a récemment confié qu’à la fin de sa lecture, après la fameuse frustration finale (rire), elle a réalisé qu’on pourrait remplacer les deux personnages afrodescendants du récit, par des européens, des arabes, des asiatiques, ou encore des indiens, l’émotion serait toujours là, et la magie de l’histoire fonctionnerait encore ; car celle-ci soulève des questions communes à toutes les sociétés urbaines de ce 21ème siècle : l’explosion de l’égo qui rend compliquée la construction des relations à long terme de nos jours, la fragilisation de la cellule familiale qui se déchire de plus en plus rapidement, au détriment de l’équilibre des enfants, l’évolution du statut social de la femme, les passions religieuses au cœur de notre actualité si douloureuse, etc. Au-delà de l’intrigue amoureuse, le livre propose plusieurs thématiques de réflexion et différentes grilles de lecture où chacun trouvera son compte.

 

INTRODUCTION A : En tant que panafricain, est ce qu'il y a un côté engagé dans tes écrits ?

O.A. : En ce qui concerne ce roman, je dirai non, puisque l’écriture ne s’était pas projetée comme telle au départ ; c’est-à-dire militante. En tant que passionné de littérature, j’ai souhaité proposer une histoire qui puisse parler à tout le monde aux quatre coins du globe. Mais, ce faisant, mon âme de panafricain y a sécrété néanmoins quelques substances, rien que par le caractère afrodescendant des personnages centraux, mais aussi par quelques clins d’œil faits à la culture et à l’histoire de mon peuple, encore assez méconnues de nos jours. Il y est par exemple question de l’esclavage, à travers l’histoire de Sankofa, un symbole secret et mystique auquel s’accrochaient secrètement les esclaves pour espérer en l’avenir, une histoire qui touche beaucoup les lecteurs. Il y est aussi question de la musique des peuples afrodescendants, cette musique multicolore qui par son génie, et son blues originel d’Afrique, a produit le jazz, la salsa, la bossanova, le cubain, la rumba, le rhythm and blues, le rock’n roll, le funk, l’afrobeat, la liste est longue. Bref des styles musicaux qui constituent le socle de la musique ou des musiques que nous écoutons encore aujourd’hui. D’ailleurs le livre innove en proposant une playlist, une sorte de bande son originale du récit qui plait beaucoup.

 

INTRODUCTION A : En dehors du travail, de l'écriture, qu'est-ce que Ouzire aime faire ? (rire) c'est une tradition cette question.

O.A. : Lire, écrire, écouter de la musique, voyager, et passer du temps avec mes amis et ma famille. Depuis quelques années, je m’implique également et de plus en plus dans les projets de retour d’expérience en Afrique.

 

Interviewé par Khoudia Mbaye