Les noirs de Mauritanie, entre résistance et résignation par Abdoul Birane Wane

A l’occasion de la conférence sur l’ouvrage « Les noirs de Mauritanie, entre résistance et résignation », l‘auteur Abdoul Birane WANE a organisé et animé la rencontre autour des sujets « tabous » que dénonce son livre: l’esclavage, les massacres, le racisme, la marginalisation des noirs mauritaniens …
L’événement s’est déroulé à 15h dans une somptueuse salle du 1o éme arrondissement de Paris. Introduction A a noté une présence massive de la communauté mauritanienne et africaine, tous venus soutenir l’écrivain et de se rallier à la cause, l’esclavage.

Abdoul Birane Wane est un activiste mauritanien né en 1975  et  exilé en France . Professeur d’histoire et Militant de la cause des noirs de Mauritanie. Il a commencé à militer depuis les années 1990 au moment où la dictature militaire  réprimait les populations noires de Mauritanie. Arrêté et incarcéré à plusieurs reprises entre 2005 et 2013, Abdoul Birane Wane a fondé le mouvement citoyen  » Touche pas à ma nationalité  » qui dénonce le recensement discriminatoire et raciste dont le but est d’exclure les noirs et en faire des apatrides dans leur propre pays.  Son organisation dénonce la discrimination raciale dont les noirs sont victimes en Mauritanie et exige que la lumière soit faite sur les massacres perpétrés entre 1986 et 1991 et le jugement des militaires coupables de purges dans l’armée , la résolution de la question des déportations de 1989, la restitution des terres spoliées des autochtones et la reconnaissance des noirs comme des citoyens à part entière . Son organisation se bat pour l’instauration d’une véritable démocratie en Mauritanie et pour une société laïque et égalitaire .

 

Bonjour Abdoul Birane WANE, vous êtes l’auteur de l’ouvrage « Les Noirs de Mauritanie, entre résistance et résignation. Qu’est-ce que sous-entend l’intitulé ?

Cette intitulé a été choisi par rapport à la situation dégradante à laquelle la Mauritanie se trouve depuis l’indépendance de ce pays en novembre 1960. Les arabo-berbères ont une volonté d’écraser le reste de la population négro-africaine. Face à cette injustice, nous avons d’une part, une partie de la population qui s’est dressée pour dire non à cette oppression orchestrée d’où « la résistance ». Et d’autres part, nous avons également une autre partie qui pense qu’il faut accepter car c’est une fatalité et que cette injustice prendra fin un jour, d’où «la résignation ».

 

De quoi relate l’ouvrage : « Les Noirs de Mauritanie, entre résistance et résignation » ?

Ce livre parle de tout ce qui constitue aujourd’hui les maux de ce pays raciste et esclavagiste. En somme, l’ouvrage dénonce toutes les exactions récurrentes que vivent les noirs mauritaniens dans leur propre pays, la Mauritanie à l’instar des déportations de 1989, des massacres entre 1986 et 1991, la manière dont les noirs sont marginalisés ; que ce soit sur le plan politico-économique, administratif, dans l’armée, la justice et j’en passe … Nous sommes dans un pays ségrégationniste !

 

Quels sont les éléments qui vous ont permis d’écrire l’ouvrage ?

Je me suis basé à la fois sur des documents historiques de ce territoire, les archives de massacres et sur mon propre vécu en Mauritanie, en tant que natif de ce pays. Je fais allusion à mes expériences sur la lutte armée pour combattre toutes les formes d’injustice.

En tant que militant et activiste pour les droits humains, il est impératif de dénoncer l’esclavagisme quelque soit le lieu où il est pratiqué. Nous ne pouvons pas cautionner aujourd’hui, en ce 21ème siècle, de voir qu’un être humain soit propriétaire de son alter ego. Il est impossible d’accepter l’esclavage et combattre le racisme !

Les esclaves des maures mauritaniens sont tous noir de peau, donc je pense qu’en parlant de racisme, de marginalisation des noirs mauritaniens, il serait aussi légitime et urgent de dénoncer l’esclavagisme sous toutes ces formes.

 

Lors de la conférence, vous avez insisté sur l’éducation et sur l’histoire falsifiée de la Mauritanie ?

C’est une histoire qui a été falsifiée, j’ai les preuves grâce à mon statut d’historien. J’ai été professeur d’histoire dans ce pays durant des années, sans oublier mes recherches dans les institutions. Cette falsification a été mise en place par les maures dans le but d’asseoir leur pouvoir total et d’agir en toute impunité sur le reste de la population noire. Tout est fait de sorte que les noirs se sentent exclus, étrangers sur les terres de leurs ancêtres. C’est cela l’histoire de la Mauritanie, une éducation programmée et réservée pour nous autres, et qui ne nous profite pas non plus.

 

En terme de résistance, qu’est-ce que vous avez mis en place pour la cause ?

Le processus de résistance est déjà enclenché depuis des années. J’ai fondée en 2011, le collectif « Touche pas à ma nationalité », une organisation qui incarne la contestation des recensements racistes en Mauritanie. Nous avons associé d’autres frères et sœurs africains à notre cause. Vous pouvez constater lors de cette conférence la présence de plusieurs communautés : sénégalaise, malienne, guinéenne … Cette lutte pourra aller de l’avant que lorsque nous seront soutenus par les autres et c’est de la même manière que les arabo-berbères bénéficient de l’appui de leurs frères arabes. Nous savons que si les noirs de la Mauritanie ont été massacrés par le pouvoir, c’est parce que l’Irak, la Jordanie, la Syrie, la Palestine… les ont soutenus. Donc, nous avons besoin des autres afin d’éradiquer ce crime contre l’humanité qui est l’esclavage.

Qu’est-ce que vous espérez obtenir en publiant ce livre ?

Je souhaite qu’il soit diffusé et lu par tous, et que d’autres ouvrages suivent afin de faire bouger les choses en Mauritanie. Mais aussi que le monde entier sache ce qui se passe réellement dans cette partie de l’Afrique : qu’il y a un peuple opprimé, lésé par une minorité habité depuis toujours par une volonté de privation de droit à la majorité.

 

 

Ouvrage distribué chez Amazon

Propos recueillis par Khoudia Mbaye