NDONGO MBAYE: L’HOMME QUI SE NOURRIT DE MANNES INTELLECTUELLES ET CELESTES

 Dr Ndongo Mbaye: Docteur-es-lettres, poète-écrivain, journaliste, professeur associé en communication et sociologue à l'université de UCAD et à l'Institut Culturel Panafricain et de Recherche à Yène (ICP). Il est aussi directeur des universités d'été et du départements Lettres et culture de l'ICP au Sénégal, responsable de collection "Poèsie" des Editions de "Lettres de Renaissance" (France, Sénégal). E Responsable du Pôle Loisirs Retraités et Handicapés de la Mairie de Choisy le Roi (Valle de Marne), France;

A cœur ouvert avec ce Grand monsieur!

 

 

1- Comment une seule personne arrive à gérer toutes ces activités tout en ayant une vie normale ?

 Tout d’abord, sur la notion de « vie normale…une vie normale n’est intéressante que si elle est bien remplie , avec la première et précieuse chose qui, ici , explique et explicite  cette quiète et apparente « frénésie » : la passion. Et comme le disait le philosophe Hegel, « Rien de grand ne se fait sans passion ».

En effet, quand on est passionné, on a toujours cette impression étrange (presque de paresse !), de ne pas faire grande chose, donc on peut tout faire , parce que le Temps ne compte plus. De plus, toutes mes passions ont un fil conducteur : l’altérité, la quête d’humanité, le partage, la communication, la transmission , la poésie, les échanges. Dès lors, tous ces espaces se donnent la main pour chanter un air de liberté et de communion: que ça soit l’enseignement et la recherche universitaires:

-mes activités à l’Institut Culturel Panafricain et de Recherche de Yène (ICPR), comme membre du Comité Scientifique , Directeur des universités d’été, et du Département  « Lettres et Culture »

-mon rôle  de Responsable de la Collection Poésie « Paroles arc en ciel », aux éditions « Lettres De Renaissances »

-ma responsabilité de membre du Conseil  Scientifique de l’Ecole des Sciences Sociales Appliquées de Basse Casamance (ESSABC)

-mes différentes participations à des projets musicaux comme :

-écrire en 2005 la Préface de l’album musical de la chanteuse Française Noëlla « Le droit de vivre » , à partir du tableau « Au Temps d’harmonie » de Paul Signac

-le projet poético-musical ( commentaires de 10 poèmes de LSS Senghor), avec le musicien-chanteur Sénégalais  Meïssa Mbaye , pour la naissance du CD « Entre Seine et Sine », paru en 2006 , Année de la Francophonie, et de Léoplod Sédar Senghor

-les différents récitals de poésie, avec de grands dialis comme les joueurs de kora Idrissa Diabaté et Soriba Sakho, et le balafonniste  Kamory Kouyaté…

-et plus récemment , en Juin 2017, participation à l’album musical du chanteur –musicien de soufi jazz et joueur de Hang, Modou Gaye , intitulé le « Bruit du silence », et dans lequel je prête ma voix sur un texte du « Prophète » de Khalil Gibran

Cependant, pour gérer cette passion , ces activités plurielles , arc en ciel , nourricières , je privilégie la source de l’amour , comme fondement :  donc la famille, l’amour sentimental pour les femmes de ma vie, les amis…

Avec un tel soubassement, une telle force, tout devient possible , et plus facile.

Donc, en vérité, pour moi , il n’y a rien de plus normal que la vie que je mène.

 

 

2-  Vous avez publié plusieurs recueils de poèmes dont: "Amours Savanes", "Les Lézardes du Silence", "Ombres", et d'autres que vous avez coécrit avec d'autres auteurs. Pouvez-vous nous en parler?

En ce qui concerne ma production littéraire, elle se déroule sur des espaces très riches, mais aussi différents que :

-la poésie, avec « Amours-Savanes » 2005, et « Les Lézardes du silence » 2007, aux éditions «Acoria (France), « Les Poètes meurent aussi » en avril 2016, aux éditions Lettres de Renaissances (France et Sénégal)

-les nouvelles :  « Ombres » , en 2011 chez Acoria

-les essais littéraires :  « Amadou Elimane Kane : réinventer la littérature africaine, c’est bâtir le récit pluriel d’une humanité sans muraille » aux éditions Lettres de Renaissances , avril 2017

-les co-écritures d’ouvrages collectifs comme :

Un ouvrage pour Haïti en 2010 « Poètes pour Haïti » chez Harmattan 2010

-Regards sur la Francophonie » aux éditions Maguilen (Sénégal) 2014

-un hommage à Alioune Badara Bèye , Président de l’Association des écrivains du Sénégal , en 2015

-un livre pour la tolérance, et contre Bokko Haram, commandé par le Ministère des Arts et de la Culture du Cameroun :   « Contres les ombres de la nuit : les plumes de la colère », en novembre 2016 aux éditions AfricAvenir Yaoundé

 

 

3-  Deux choses attirent l'attention des lecteurs concernant votre avant dernier florilège de textes poétiques:
- Le titre: " LES POETES MEURENT AUSSI", que voulez-vous dire à travers l'intitulé?

- Pour quelle raison  avez-vous  fait ce beau mélange de Wolof-français dans certaines proses?

J’ai intitulé mon dernier opus , un Recueil de poésie :  « Les Poètes meurent aussi », pour lancer un avertissement, et un message d’humilité, à la jeunesse  panafricaine qui écrit, et à toutes celles, et tous ceux qui taquinent la Muse.

En partant du credo qu’il n’ y a pas de science, ni de savoir sans humilité, sans modestie, je conseille à toutes ces personnes qui entrent en écriture, de la pratiquer en sacerdoce, de travailler sans cesse, sans se prendre pour des stars, des vedettes, des pointures confirmées et intouchables…Je leur demande d’axer leurs efforts sur la recherche esthétique, sémantique  grammaticale, musicale, et des images poétiques pour faire émerger l’avènement de la magie…Donc, ne pas hésiter à effacer  à déchirer les brouillons, à revoir sans cesse l’ouvrage, à reprendre le texte, la phrase, le rythme, à ciseler les mots, à chercher et à essayer de trouver le mot juste, celui qui dit, qui exprime notre intérieur profond.

Il faut savoir se faire écrivant, comme le dit si bien mon ami Marouba Fall…

En fait, à être très exigeant envers soi-même, et surtout à descendre de la « Tour d’ivoire »du poète, de l’écrivain, qui , comme tous les êtres vivants, est aussi un mortel, donc un mort-en-devenir.

Pour arriver à cet état d’humilité, la jeunesse panafricaine doit faire sien ce triptyque : avoir …la connaissance de soi, la confiance en soi et l’estime de soi ; donc en tout, toujours faire preuve d’abnégation, et savoir rechercher l’exigence, asseoir des connaissances et des compétences  afin d’accéder à la performance.

En somme, écrire, c’est passer d’une écriture de l’aventure, à une aventure de l’écriture, ce qu’on appelle : la littérarité.

Quant à ce qui concerne l’usage de wolof, et de français, qui peut étayer certains de mes textes, il date du début de mon écriture . On le retrouve déjà  dans mon premier recueil de poèmes « Amours-Savanes » (2005).

C’est une manière de rendre hommage à ma langue maternelle, et à sa richesse, cependant qu’elle sert aussi à préciser des concepts, des notions, des sens qui n’auraient pas la même signification, la même tonalité  en français.

Et comme très souvent, traduire c’est trahir, je préfère utiliser le mot  wolof, qui est beaucoup plus parlant, plus imagé, quitte à en mieux expliciter le sens, dans la langue française.

Ce qui, évidemment, ne m’empêche pas d’écrire des textes, entièrement en wolof.

 

 

4-  Hormis cette vie intellectuelle bien remplie, qu'est ce que aime faire Dr Ndongo Mbaye, manger du thiéboudiéne, danser, cuisiner...(rire)?

Ce n’est pas « hormis cette vie intellectuelle bien remplie », que l’homme pluriel que je suis agit. C’est concomitamment, en même  temps, que je me nourris de mannes intellectuelles et célestes , que je m’abreuve des fruits juteux de la vie, des nourritures terrestres.

J’adore manger , comme un gourmet et un gourmand,  faire la cuisine, me promener en solitaire ou avec des amis dans les coins calmes et insolites des villes , dans la campagne, en montagne ; mais aussi sorti , écouter de la musique, danser, savourer l’immense  plaisir d’écouter mes vieux vinyles sur mon tourne-disque…

Pour tout dire, je suis un boulimique de la Vie, et un sacré épicurien.

Interviewé par Khoudia Mbaye

Un commentaire

Les commentaires sont fermés.