NATHALIE COUGNY, ARTISTE PEINTRE, AUTEURE, POETESSE ET ECRIVAINE, UNE FEMME ENGAGEE!

1) Bonjour Nathalie, vous êtes une artiste multidisciplinaire : peintre, poétesse, auteure... Comment sont nées toutes ces passions artistiques ?

Bonjour Khoudia et merci de m’accorder cet entretien. Je crois que nous avons déjà en nous, dès notre naissance, des aptitudes qui se révèlent ou pas par la suite. J’ai toujours dessiné et c’est après une grave dépression que je me suis mise à la peinture à l’huile, en 1996. De-là j’ai commencé à exposé mes toiles. La peinture est une sorte de libération inconsciente, une nécessité, pour exprimer ses ressentis face à la vie. L’art est là pour nous permettre une approche différente du monde et nous faire nous poser des questions. En ce qui concerne l’écriture, j’ai écrit mes premiers poèmes à la mort de mon père de cœur, j’avais 14 ans. Puis c’est revenu après mon divorce, en 2010. Depuis, j’ai publié 14 livres, sur des sujets différents, mais qui ont tous un rapport avec la place de l’humain dans notre société. J’essaie d’ouvrir les consciences et d’apporter une vision pragmatique sur des sujets comme l’amour, la relation à l’autre, la considération de la femme et de l’enfant.

 

2) Vous avez publié plusieurs recueils poétiques, romans, livres pour enfant, livres de société... dont “Les Voix Des Femmes, contre les violences sexuelles envers les femmes”.

Pourquoi vous vous êtes intéressée à ce sujet " encore tabou" ?

J’ai toujours été très sensible face aux injustices et notamment celles, nombreuses, que vivent les femmes depuis la nuit des temps, juste parce qu’elles sont des femmes. Longtemps considérées et encore aujourd’hui dans de nombreux pays, comme des êtres mineurs, avec comme rôle principal celui de la mère, et surtout celui d’obéir et de se plier aux lois des hommes. C’est totalement infondé et inacceptable. J’ai commencé à écrire sur ce sujet après mon divorce et bien que n’ayant jamais subi de violence physique ou sexuelle, j’ai estimé que j’avais vécu une grande violence psychologique. J’ai donc souhaité écrire un premier livre « Secrets de femmes, à cet instant de l’autre », qui retrace le parcours de 4 femmes ayant subi des violences différentes et retracer l’histoire du droit des femmes, car on ne doit pas oublier. Puis est venu « Les voix des femmes, contre les violences sexuelles envers les femmes », car, au fil de mes rencontres et discussions avec des femmes, il me semblait important de mettre en lumière ce que vivent des milliers de femmes, dans une souffrance sans nom et un silence quasi total. Nous sommes au pays des droits de l’Homme, mais aujourd’hui, en France, plus de 230 000 femmes sont victimes de violences conjugale et/ou sexuelle de la part de leur conjoint ou ex conjoint, 85 000 femmes sont victimes de viols ou de tentative de viol, il y aurait 4 millions de cas d’inceste et plus de 30 000 cas d’excision… sans parler du sexisme permanent et des inégalités économiques, salariales notamment. Il y a encore du chemin à parcourir et c’est l’affaire de tous car l’équilibre de notre société en dépend. Oui, c’est un sujet encore tabou, car les victimes portent en elles une honte, une culpabilité qui les empêchent de parler, sans compter l’emprise, la peur et les menaces de mort de la part de leur bourreau. Comme le stipule ce slogan du Collectif Féministe Contre le Viol : La honte doit changer de camp !

 

3) Qu'est ce vous attendez de vos lecteurs en faisant témoigner quelques femmes dans le livre, "Les Voix Des Femmes" ?

D’abord je pense qu’il n’y a rien de mieux que des témoignages pour comprendre ce que vivent ces femmes et comment elles tentent de se reconstruire après un abus sexuel. 10 femmes ont eu le courage de témoigner dans ce livre et je les remercie encore chaleureusement, car certaines en parlaient pour la première fois. J’attends une prise de conscience, urgente, et je m’adresse également aux hommes, car nous n’avançons pas sans eux. Or, ils sont les grands absents sur ce sujet. Bien souvent ils se sentent peu concernés, alors que 97% des abuseurs par exemple sont des hommes. Ils ont aussi un rôle à jouer dans l’éducation de leurs enfants, faire adopter un comportement non sexiste, car cela commence très tôt, faire respecter les femmes, partager les tâches ménagères qui sont encore aujourd’hui majoritairement réalisées par les femmes, cela parait peut-être annexe, mais c’est du temps qu’elles pourraient consacrer à autre chose, ne pas user de violence pour imposer un pouvoir sur les femmes, mais privilégier le dialogue et respecter les libertés de choix et de décision de ces dernières. Je sais que c’est complexe car chacun vient d’une histoire et un grand nombre d’agresseurs ont aussi subi des violences étant enfant. Mais Aujourd’hui il y a une régression évidente qu’il faut combattre fermement et unanimement. Par exemple, les femmes sortent très rarement seules le soir, elles en sont rendues à faire attention à leur tenue vestimentaire dans les transports, mais aussi sur les bancs de l’Assemblée, sans quoi elles se font siffler ou traiter, au mieux, de « poules », … Mais qui sont ces hommes pour nous dicter notre conduite et décider à notre place ? Il est vraiment temps que cela s’arrête. Il faut que les femmes soient solidaires en tout lieu et en toute circonstance, et qu’elles ne laissent rien passer. Nous n’avons pas à nous justifier sur nos choix ou nos compétences, ni à prouver dix fois plus qu’un homme, ce temps-là est révolu et d’ailleurs de nombreux hommes l’ont compris, heureusement. Un meilleur avenir, pour les hommes aussi, se construira avec les femmes, égales en droits et en libertés.

 

4) Vous sortez le 2 mars un livre contre la maltraitance des enfants, pouvez-vous nous en parler ?

Oui, ce livre « Dis, pourquoi tu m’fais du mal ? » est en cohérence avec ce que j’ai écrit plus haut. Il faut prendre le problème à la source, et le regarder droit dans les yeux. Car un enfant maltraité et/ou abusé sera un adulte en souffrance. C’est donc un problème de société. Si une femme meurt tous les trois jours sous les coups de son conjoint ou ex-conjoint, 2 enfants meurent de maltraitance par jour selon l’INSERM ! Nous pouvons dire que c’est inconcevable à notre époque et pourtant c’est bien réel. Et si les violences envers les femmes sont taboues, celles exercées sur les enfants le sont encore plus, il y a un véritable secret entretenu. Il ne faut pas toucher au statut de la famille, car il n’y a soi-disant pas mieux qu’une famille pour un enfant … Or, c’est justement à l’intérieur de la famille que se passent les violences les plus terribles. Alors, dans ce livre, grâce à une documentation importante, j’aborde, sans tabou justement, toutes les formes de maltraitances : des coups, au syndrome du bébé secoué, en passant par la punition, l’inceste, la pédophilie, qui est le maltraitant et bien sûr les conséquences et la reconstruction. 1 enfant sur 5 subi des abus sexuels aujourd’hui en Europe, c’est juste impensable. D’après une enquête réalisée par l’association Mémoire Traumatique avec le soutien de l’UNICEF, 1 femme sur 5 et 1 homme sur 14 déclarent avoir subi des agressions sexuelles et 81% des victimes étaient âgées de moins de 18 ans, dont 51% avant 11 ans et 21% avant 6 ans. Seules 4% des victimes agressées dans l'enfance indiquent avoir été prises en charge par l'Aide sociale. Parmi celles qui ont porté plainte, 66% de celles qui avaient moins de 6 ans au moment des faits déclarent "n'avoir jamais été protégées". Il est donc urgent que les pouvoirs publics prennent des positions fermes sur ce sujet et mettent en œuvre tous les moyens pour informer dans les écoles, dès le primaire, sur le sujet des maltraitances ; informer les futurs parents, davantage prendre en charge les victimes et former les professionnels. Que chacun prenne conscience, enfin, de la nature de ce fléau, l’enfant n’est pas un objet mais une personne à part entière que l’on doit respecter. Il est nécessaire aussi de parler aux enfants dès que possible de cette réalité. Que personne ne doit toucher leur corps, même un proche, puisque la grande majorité des abuseurs sont des proches. Et aussi, personne ne doit fermer les yeux et se rendre complice de tels actes, les maltraitances doivent être signalées (Appeler le 119). Enfin, nous savons de plus en plus, grâce aux neurosciences émotionnelles et sociales que tout se joue à l’enfance et qu’une éducation violente a des effets destructeurs sur le cerveau et des conséquences multiples sur le développement de l’enfant… et donc sur cet adulte en devenir.

 

5) Au-delà de toutes ces activités, qu'est-ce que Nathalie Cougny aime faire ?

Cela me prend déjà beaucoup de temps (sourire), avec aussi mes 4 enfants, mais j’aime beaucoup de choses, je suis très curieuse. J’aime bien sûr aller voir des expositions, discuter avec les gens, les connaître, la mer, lire, la psychologie, la musique, participer à des projets porteurs de sens …

 

 

Retrouvez les livres de Nathalie Cougny et son actualité sur son site : www.nathaliecougny.fr

« Les voix des femmes, contre les violences sexuelles envers les femmes », Editions Sudarènes, 172 pages, 16€. Préface de Marie-France Casalis, porte-parole du Collectif Féministe Contre le Viol, 4ème de couverture de Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l’éducation nationale.

« Dis, pourquoi tu m’fais du mal ? mettons fin aux maltraitances faites aux enfants », Editions Sudarènes, 202 pages, 19 €, sortie nationale le 2 mars 2017. 4ème de couverture de Denis Benedetti, écrivain, libraire.

Crédit photo Bruno Autin

 

Interviewée par Khoudia Mbaye