L’oeuvre de la réconciliation de l’Afrique et des Antilles

  Bonjour madame Marie Louise SAMBIN, vous êtes autrice, comédienne et la metteure en scène de la pièce de théâtre GORGUI.

  

1- Pouvez-vous nous dire en quelques mots, de quoi parle cette pièce de théâtre?

 

GORGUI qui veut dire vieil homme en Wolof, est un surnom donné à un guérisseur de 105 ans qui est le dernier africain déporté dans les Caraïbes. Il transmet son histoire, ses valeurs ainsi que toutes ses connaissances sur l’Afrique et les plantes médicinales à Dahomey son arrière-petite-fille. En qui il a une grande confiance qui va jusqu’à lui confier la mission de ramener ses cendres sur la terre de ses ancêtres, au pied de son baobab. Et de ramener avec elle tous les Caraïbeens.
À la mort de GORGUI, Dahomey va rencontrer des difficultés à convaincre toute une habitation de la suivre en Afrique, car beaucoup rejetteront leurs origines africaines. Elle va devoir apprendre à communiquer avec les autres de façon juste afin d’être une femme libre  car elle porte en elle toute la souffrance de Gorgui. Submergée d’émotions, habitée par son histoire, elle pose les pieds sur la terre de ses ancêtres pour respecter le dernier souhait de son arrière-grand-père.
GORGUI est aussi un Conte de passion, d’amour et de mission, de la caraïbe à l’Afrique, un retour à nos racines.
2- Quelle est l’intention de votre pièce ? Quelles réactions souhaitez-vous susciter chez le public ?

La réflexion et la réconciliation. La réflexion parce que je suis fatiguée d’entendre souvent les antillais diaboliser leurs origines africaines. Je suis fatiguée de voir les africains se déchirer. Je n’ai pas été habituée à cette situation. Donc, amener la réflexion sur le problème identitaire : «Qui suis-je»? «Pourquoi nous sommes là» ?  a été nécessaire pour moi.

Nous avons tous une mission à accomplir sur terre. La notion de mission est toujours présente dans la pièce GORGUI. Et puis vient la réconciliation, d’accepter son entité, ses racines africaines, accepter tout ce que nous avons de meilleur en nous et dire à l’autre que nous l’aimons, parce que la pièce parle d’amour. Un amour universel.  Elle ne s’adresse pas seulement aux africains et aux afro-descendants. La pièce s’adresse à tout le monde.

Dahomey, l’arrière-petite-fille de GORGUI doit être en chacun de nous et GORGUI en chacun de nos parents. Un GORGUI est peut être vivant ou parti  mais dans les souvenirs de nos histoires, nous avons tous ces deux personnages. C’est pour cela que dans la pièce de théâtre, j’ai choisi des textes très précis dans le florilège de poésies intitulée « La Parole du Baobab » du poète, écrivain et chercheur en science cognitive de monsieur Amadou Elimane Kane.

3- La pièce a deux liens avec le Sénégal. D’abors le titre Gorgui qui signifie vieil homme en Wolof, et ensuite monsieur Amadou Elimane Kane l’écrivain franco-sénégalais, pourquoi ce choix ?

La vie n’est pas faite de hasard. J’ai connu monsieur KANE grâce à sa fille dont je m’occupais lorsque je travaillais dans un centre de loisir. J’étais admirative devant sa jolie peau noire foncée-bleu. Il n’y avait pas de hasard, parce qu’elle m’apprenait qu’elle est africaine et sénégalaise de par son père et antillaise de par sa mère. J’ai senti l’émotion monter en moi. Elle me dit ensuite : mon papa est écrivain. C’est à partir de moment que qu’elle m’a présenté à son père qui par la suite m’a offert son recueil de poésies, « La Parole du Baobab ».

Lorsque je l’ai lu, j’ai compris tout de suite ma mission de vie. Plus je découvre les textes, plus mes idées se clarifient.

J’ai attendu cinq ans avant de monter la pièce.

Suite à mon licenciement en 2009, j’ai compris que c’était le moment de me réconcilier avec l’écriture, de concrétiser ce projet resté depuis longtemps dans mon cœur.

Quand j’ai dit à monsieur KANE que je voulais qu’il choisisse avec moi les textes dans son livre de poésie, il m’a répondu : Non, j’ai lu ton scénario qui est très bien, je te laisse choisir les poèmes !

 Curieusement, lorsque je lui ai montré les poèmes que j’avais choisi, il m’a dit qu’il choisirait la même chose.

4- Qui sont les comédiens ?

C’est encore une belle histoire d’amour. J’ai choisi des acteurs amateurs que j’ai formé au départ. Mon frère qui joue le rôle de GORGUI, ressemble beaucoup à notre père qui nous racontait beaucoup de contes quand nous étions petits. Mon fils joue le rôle de Joyce l’ami de Dahomey qui rejette l’Afrique, et Dahomey c’est moi qui interprète son rôle. Et puis, il y a mes amis   qui ont rejoint le projet.

Voici la liste de toute l’équipe.

Les comédiens

Marie Hguilet, Justine coma, Nathalie filin, Sambin Jimmy, Helor Marie Joseph, Erold Sambin Penhard.
Le groupe musical GWO KA:  Thierry curassier,  Vincent Alex, Pierre Monza, Ali boulot Santos Cissoko, le Koriste Binta Sissoko,la chanteuse. Pascal Heurtaut, notre régisseur et enfin Cindy Durimel, la chorégraphe.

Quand à la partie musicale, c’est une mosaïque d’art. Nous avons de la danse, des chants, de la poésie et du théâtre. Mais nous avons également de la Flûte, de la Kora africaine, et du GWO KA antillais du groupe MIZIKKAMANAMAN qui veut dire la Musique de Nos Grands-mères en Créole.

Nous essayons de mettre toujours en avant l’unité Afrique-Antilles, nous marchons toujours dans l’esprit de la réconciliation et c’est nécessaire !

Nous avons besoins de nous retrouver, de permettre notre existence réelle, de donner ce que nous avons de meilleur en chacun de nous. L’un et l’autre ne vont pas sans, c’est impossible.

 

5- Comment arrivez-vous à gérer à la fois les fonctions de auteure, metteur en scène et comédienne ?

C’est très dur ! D’ailleurs je cherche désespéramment une autre Dahomey afin de pouvoir me concentrer entièrement sur le reste de la pièce.

6- Avez-vous déjà joué la pièce GORGUI en Afrique et aux Antilles ?

Pour les Antilles, c’est prévue au mois de novembre prochain. A partir du 15 novembre, la pièce sera présentée au Centre Culturel Robert Loyson, aux élèves de la ville du Moule, ma ville natale et, le 16 se sera pour le grand public.

Concernant l’Afrique, nous devions jouer à Dakar, malheureusement, pour des raisons budgétaires, cela n’a pas pu se faire. Mais ce n’est que partie remise car il y a d’autres possibilités qui sont en train de se mettre en place.

7- Votre dernier mot ?

Amour, respect de notre dignité. Je dirais hommage à tous nos grands hommes, à tous nos grands penseurs.

 

 Interviewée par KHOUDIA MBAYE

Photos Lionel Anthony, Bruno Barasse